Travail de nuit - AFP KENZO TRIBOUILLARD

Liberté de travailler ou droit du travail ? Telle est la question que l’on peut se poser en évoquant le cas Sephora. Le conflit récent oppose quelques 120 salariés de la boutique des Champs-Elysées au CLIC-P, l’union intersyndicale (CGT, CDFT, FO, SUD et CGC) du commerce de Paris. Alors que les premiers souhaitent continuer travailler de nuit, les seconds ont obtenu gain de cause en appel le 23 septembre dernier, contraignant l’enseigne à fermer à 21 heures à partir du 9 octobre prochain.

Afin de comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de rappeler les faits. Le parfumeur, dans son enseigne des Champs-Elysées, avait pour habitude de fermer à minuit la semaine, et 1h du matin le vendredi et samedi soir. Par conséquent, une centaine de salariés travaillaient régulièrement la nuit. Selon l’intersyndicale CLIC-P, Sephora est « en dehors des clous », puisqu’aucun accord collectif n’a été négocié avec les partenaires sociaux. De plus, ils estiment que ce recours au travail de nuit n’est pas justifié, ce que dément la direction.

Or la loi du 9 mai 2001, encadrant le travail de nuit, précise que le travail entre 21 heures et 6 heures du matin n’est autorisé uniquement de manière exceptionnelle ou alors lorsqu’il s’agit d’assurer la continuité de la vie économique ou des services d’utilité sociale. En outre, le travail de nuit est autorisé si un accord de branche ou d’entreprise a été négocié avec les partenaires sociaux.

Ainsi, l’arrêt rendu par la cour d’appel de Paris, le 23 septembre dernier, donne raison aux syndicats et condamne l’entreprise à fermer ses portes à 21 heures tous les soirs. En cas de manquement, Sephora s’expose à une amende de 80.000 € par infraction constatée et par salarié. Selon Karl Ghazi (CGT) il s’agit d’une victoire « sur toute la ligne ».

S’agit-il, cependant, d’une réelle victoire ? Suite au pourvoit en cassation engagé à l’initiative des salariés et soutenue par la direction, nous sommes en droit de nous interroger ? En effet, le travail de nuit est basé sur le volontariat et convient parfaitement à de nombreux travailleurs : « Oui, nous voulons travailler le soir. Pourquoi ? Parce que, pour certains, nous sommes étudiants et que cela finance nos études. Pour d’autres, cela permet de mieux organiser sa vie personnelle et familiale. D’autres encore aiment l’ambiance et les clients de la nuit. En fait, nous avons tous nos raisons. ».

Aujourd’hui, la décision du Tribunal de Grande Instance de Paris menace certains emplois et va avoir un effet direct sur les contrats de travail. Nous nous retrouvons face à une situation paradoxale où ce sont les partenaires sociaux (qui rappelons le, ne font pas partie de l’entreprise) qui menace les conditions de vie des travailleurs. N’est-ce pas un comble ? Le droit du travail doit-il être au-dessus des libertés individuelles ? Réponse lors de l’audience du 9 octobre prochain, lors de laquelle le dossier sera de nouveau examiné par la cour d’appel de Paris.

Sources : Le Nouvel Observateur, Site de la CFDT

Crédit photo : AFP / Kenzo Tribouillard

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Un commentaire sur « Sephora : démaquillage à 21h ? »

  1. Tout est résumé dans la première phrase: ‘Liberté de travailler ou Droit du Travail?’ Situation paradoxale…………..ouvriers contre syndicats……………pas d’accords collectifs sur le travail de nuit!…………….Qui signent les accords?…………….les syndicats! La boucle est bouclée!!!!!

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