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La séquestration de deux dirigeants de Goodyear Amiens-nord dans la nuit du 6 au 7 janvier 2014 par des syndiqués de la CGT relance l’éternel débat quant aux moyens d’actions dont disposent les syndicats en France. La plainte déposée le 8 janvier par la Direction de Goodyear montre la ligne de plus en plus fine et trouble qui sépare les actions jugées légales et illégales des syndicats.

Les faits

Le directeur de production du site d’Amiens-Nord et le DRH ont été retenus une trentaine d’heures dans les locaux du site avant d’être relâchés par les salariés qui ont ensuite décidé d’occuper le site jusqu’au 22 janvier, date de la signature  du « protocole de fin de conflit ».

Si la « séquestration » s’est déroulée dans le calme aux dires des différentes parties, et malgré les allégations de certains médias, les salariés eux ne lâchent rien et espèrent toujours négocier avec les dirigeants du groupe pour sauver leur usine et leurs emplois.

En effet maintenant plus rien ne semble empêcher la mise en place du plan social annoncé par la direction quelques mois plus tôt. Ce plan menace directement plus de 1 200 salariés, qui ont tenté jusqu’au bout de sauver leurs emplois.

Le possible repreneur de l’usine, M. Maurice Taylor, PDG de Titan, a cependant indiqué maintenir son offre mais attend de la part des salariés un apaisement et la fin des troubles sur le site. Il n’a par ailleurs pas hésité à s’adresser directement aux salariés de l’entreprise en les traitants de « pirates »  et a demandé au ministre du Redressement productif, M. Arnaud Montebourg, un retour rapide au calme. Son offre permettrait de sauver quelques 300 emplois sur le site.

Aujourd’hui la fin du conflit semble être annoncée. Les salariés ont en effet décidé de signer le 22 janvier dernier un protocole de fin de conflit en négociant une indemnité supplémentaire pour les salariés qui vont perdre leur emploi. Cependant leurs actions ne restent pas vides de sens et demandent quelques éclaircissements.

Quelles sanctions pour les « kidnappeurs » ?

Si peu de cas ont été suivis de sanctions lourdes, la loi n’est pourtant pas clémente avec les « kidnappeurs ». Dans le cas de Goodyear, les syndiqués risquent tout de même jusqu’à 75 000€ d’amende et jusqu’à 5 ans d’emprisonnement.

En effet, selon Selon l’article 224-1 du Code pénal, «toute personne qui arrête, enlève, détient ou séquestre une personne, risque 20 ans de réclusion criminelle. Le texte stipule également que «si la personne détenue ou séquestrée est libérée volontairement avant le septième jour accompli, la peine est ramenée à cinq années de prison et 75 000€ d’amende». En effet, un tel acte s’apparente à une privation de liberté et des circonstances aggravantes peuvent venir alourdir la peine (maltraitance, séquestration en bande organisée, etc).

Dans les faits peu des poursuites sont engagées à l’encontre des salariés qui séquestrent leurs dirigeants. Sur les quinze séquestrations de dirigeants connues en France ces cinq dernières années, une seule affaire a été suivie de poursuites judiciaires. Il s’agit de l’affaire Olivier Besancenot à La Poste, lui et dix de ses collègues furent condamnés à une amende de 15 000€ pour avoir séquestré des cadres de La Poste en 2010.

Un moyen efficace de revendiquer ?

En France, le taux de syndicalisation n’a cessé de diminuer depuis l’après-guerre pour finalement se stabiliser autour des 7 à 8% de syndiqués. Malgré un chiffre en apparence faible comparé à nos voisins européens (on relève un taux de syndicalisation de plus 25% en Allemagne), l’actualité quotidienne reflète pourtant une forte mobilisation de la part des syndicats, aussi bien dans les entreprises qu’au niveau national.

La séquestration des dirigeants de Goodyear en est d’ailleurs le parfait exemple puisqu’elle a fait la une de nombreux quotidiens (presse, internet, télé) et a fait des émules au niveau de l’Etat avec l’intervention de plusieurs ministres dont Arnaud Montebourg.

Plusieurs questions peuvent donc nous venir à l’esprit suite à ces évènements plus au moins récurrents dans le paysage français.

En effet, dans un contexte où le taux de syndicalisation en France ne cesse de baisser face à une crise persistante et de nombreux plan sociaux, le recours à ce type d’action forte de symbole est-il l’unique solution pour des salariés prêts à tout pour sauver leurs emplois ? Ou au contraire, au vu de la fin du conflit (signature d’un accord de fin de conflit) cette action n’était-elle pas un « acte désespéré » des salariés qui se savaient peut être déjà condamnés ?

Nous attendons votre avis et vos commentaires !

Sources : Le Figaro 1, 2, 3 ; Le Monde 1, 2

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4 commentaires sur « Dirigeants séquestrés : les syndicats vont-ils trop loin ? »

  1. A l’heure des chaînes infos qui tournent en boucle, des 20 heures qui attendent l’info qui ouvrira leurs journaux, les syndicats ont compris qu’une médiatisation de leurs actions, fussent-elles répréhensibles, étaient indispensables avant que l’actualité ne zappe sur un autre évènement! Ce jusqu’au-boutisme met un focus sur telle ou telle situation qui a toujours comme conséquence une casse sociale importante. On est alors loin du dialogue social constructif! Mais de quelles armes disposent ces salariés en pleine désespérance et ces syndicats en pleine désaffection? Effectivement échec des deux parties et, en étant pessimiste, de la société dans son ensemble!

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  2. ce genre d’actions n’est pas tolérable, j’ai failli le vivre il y a quelques années. Ayant été très persuasif en agissant en amont du problème, je suis passé à travers.
    Concernant Good Year, à la place du DRH, sachant que dans un tel
    cas, on a affaire à un patron voyou, je n’aurais jamais adhéré à la politique du groupe. En effet, ne pas agir est une façon de cautionner les décisions de l’entreprise.
    Chacun garde toujours son libre arbitre et en tant que DRH, lorsque
    l’on sait prendre des décisions pour les autres, il faut être
    capable de se les appliquer à soi-même sans être attentiste.
    A la place du DRH de Good year, j’aurai trouvé un motif de prise
    d’acte de rupture et en aucun cas je n’aurai subi les évènements. Un
    vieil adage dit « gouverner c’est prévoir » ce qui induit que le DRH
    connaissait parfaitement les règles du jeu et ses conséquences prévisibles. En ne prenant pas position de manière tranchée vis à
    vis de son employeur, il a mis sa vie en danger, un homicide involontaire provoqué par un salarié desespéré ne pouvant jamais
    être totalement exclu dans une telle situation.
    Je crains malheureusement que le phénomène des séquestrations n’aille en grandissant parce que nos gouvernants quels qu’ils soient subissent Bruxelles et la globalisation et sont réellement impuissants face à un système où les décideurs sont les actionnaires. Pour illustrer mes propos, selon le Figaro, la répartition des bénéfices d’une entreprise se répartissent de la façon suivante : 15% pour les salariés, 43% pour les grandes entreprise et 42% pour les actionnaires… A l’inverse, il ne faut jamais perdre de vue qu’en France, près de 95% des entreprises comptent moins de 20 salariés.Tout n’est donc pas perdu!

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