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Début avril lors de sa conférence de presse annuelle, Pierre Gattaz, président du MEDEF, a annoncé « La France devrait pratiquer la modération salariale pour que la hausse des rémunérations n’annule pas les effets sur la compétitivité des entreprises ». Il s’est aussi prononcé pour l’instauration d’un salaire transitoire inférieur au Smic pour « les personnes très éloignées de l’emploi et les jeunes ». Idée déjà évoquée par l’ex-directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), Pascal Lamy.

Cette dernière proposition a suscité de vives réactions de la part des syndicats. « M. Gattaz entend ressusciter un « Smic jeunes ». Une telle proposition est indécente et sera combattue » a déclaré le syndicat FO. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT a ajouté « La CFDT est contre un Smic transitoire. Un emploi et un salaire décent pour tous ». Du côté du patronat, Laurence Parisot, ex-présidente du MEDEF, s’est aussi exprimée « Proposer un salaire en dessous du Smic s’apparente à une logique esclavagiste ».

Le 17 avril 2014, après la clarification par Manuel Valls que le plan d’économies de son gouvernement ne doit pas « remettre en cause notre modèle social et nos règles sociales et notamment le Smic », Pierre Gattaz a précisé ses propos, il parle « d’un Smic intermédiaire temporaire qui serait complété par un abondement de l’Etat de type RSA (revenu de solidarité active) qui permettrait aux populations extrêmement défavorisées, au chômage de longue durée, de pouvoir retrouver un pied dans l’emploi sans éventuellement perdre du pouvoir d’achat ».

Mais alors qu’en est-il réellement ? Une baisse du coût du travail pour les travailleurs défavorisés aiderait-elle ces populations à décrocher un emploi ? Au Royaume-Uni, par exemple, les jeunes de moins de 21 ans ont un salaire minimum plus faible que les jeunes de 22 ans et plus, qui touchent le salaire minimum adulte. Si un minimum élevé nuisait à l’emploi, on s’attendrait à ce que les jeunes de 22 ans, soumis au salaire adulte, soient plus souvent sans emploi que les jeunes de 21 ans. Or ce n’est pas le cas. Baisser le salaire minimum des jeunes ne contribue donc pas à augmenter l’emploi.

Laurence Parisot rejoint cette idée « La plus haute barrière à l’entrée du marché du travail est celle de la formation : la plupart des jeunes diplômés ont un emploi dans les 18 mois qui suivent l’obtention de leur diplôme. A l’inverse, trois ans après être sortis du système éducatif, près de la moitié des jeunes non qualifiés sont au chômage ». Par conséquent, il ne faudrait pas que les pouvoirs publics abandonnent le terrain de la formation et de la réinsertion professionnelle, seul à même d’apporter une solution pérenne et adéquate au problème du chômage des moins qualifiés et peu expérimentés.

Par ailleurs, ce que propose Pierre Gattaz semble être l’équivalent d’une subvention à l’embauche versée aux entreprises. De ce fait, il n’est pas nécessaire d’introduire un Smic transitoire. L’effet positif de ces subventions peut être durable. Elles peuvent aider les travailleurs à trouver un emploi et par l’expérience acquise, à en trouver un second. Or, pour l’employeur le pari est risqué. La personne pourra-t-elle assumer son poste de travail ? Les efforts en formation et en tutorat seront-ils bénéfiques ? De plus, une politique de subvention est-elle recommandée ? En général, lorsque l’on privilégie certaines populations, cela conduit souvent à la baisse de l’emploi des populations non subventionnées.

La proposition de Pierre Gattaz est de mettre en place un Smic transitoire pour permettre aux personnes éloignées de l’emploi et aux jeunes de « mettre un pied » dans le monde de l’entreprise. Cette proposition semble être un raccourci assez simpliste. Alors, est-ce une réelle proposition ou une simple provocation ? Le débat est ouvert !

Sources : lexpansion.lexpress.fr, lecercle.lesechos.fr, lejournaldesentreprises.com, liberation.fr

Crédit photo : lewebmarketeur.com

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3 commentaires sur « Un salaire transitoire inférieur au Smic… »

  1. Mon commentaire pourra sembler très ‘politique’: récemment, sur un plateau de télévision, le Président Hollande s’est ému de la demande de Pierre GATTAZ alors que dans le même temps sa rémunération avait été réévaluée de plus de 20 %. Dans un passé qui n’est pas si lointain, suite à l’annonce d’un SMIC Jeunes par un premier ministre, plus d’un million de Français s’étaient retrouvés dans la rue. Les syndicats parlent de la proposition de Pierre GATTAZ comme d’une provocation et Laurence PARISOT qui l’a précédé à la tête du MEDEF en le désavouant,fait référence à la notion d’esclavagisme. Il est à penser que le patron du MEDEF n’est pas à ‘une sorite inapropriée près’ et n’a pas mesuré en quoi ses propos peuvent remettre en cause le pacte social qui continue à construire notre société!

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