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Quelles relations particulières entretient t’on avec son travail ? Que recherche t’on dans le travail ? Qu’est ce qui produit du sens à son travail ? Quels facteurs influencent notre vision du travail ?

Si ces questions sont importantes pour chacun d’entre nous en tant que salarié, elles deviennent particulièrement délicates pour les personnes en recherche d’emploi, en rupture avec le travail ou en transition, mais aussi pour les professionnels chargés de les accompagner.
Dominique CLAVIER, Neurophysiologiste et Psychologue du travail travaille depuis de nombreuses années sur le thème de la relation de l’homme avec son travail, particulièrement sur la rupture d’emploi et la gestion de carrière.
Dans son dernier ouvrage il consacre un chapitre à la relation au travail :
« Chaque individu aborde le travail en fonction de son histoire, de ses modèles, de ses 1ères expériences de groupes, celles de la famille, de l’école…. Le travail offre un terrain pour reproduire des formes de liens déjà expérimentés, tenter de les renforcer ou de les aménager, de retrouver des bénéfices ou des plaisirs qu’elles ont procurés, d’éviter ou de repérer des souffrances qu’elle ont générées… »

On ne parle pas de ses savoir faire, de ses compétences, de ses qualités, de ses connaissances dans la relation avec son travail mais plutôt d’un ensemble de composantes internes comme ses préférences, ses valeurs, son attachement, ses émotions, ses sentiments, dépendants et interdépendants, et en relation avec l’extérieur.

Il existe 4 éléments fondamentaux dans notre relation au travail comme la pulsion de vie où on oublie trop souvent notre capacité à survivre (l’angoisse de la destruction), la création d’un objet transitionnel qui est un élément clé important dans sa relation au travail, l’apprentissage de la gestion de son agressivité.
Il y a aussi l’image que l’on a du travail, c’est-à-dire l’ouverture vers l’extérieur et la découverte de la vie et du mot « travail ». Le travail, c’est ce qui se passe derrière la porte. Jusqu’à la préadolescence, les images quotidiennes extérieures sont rarement liées au travail.
Pour donner un exemple, les enfants des mineurs du Nord de la France n’ont jamais vu leurs parents travailler pendant 3 ou 4 générations, le travail était donc synonyme d’inconnu et d’angoisse. A l’inverse, les enfants de commerçants ou d’artisans sont ceux qui trouvent le plus facilement du travail, car ils sont dans le travail.

Notre relation au travail dépend de plusieurs facteurs : On peut retrouver parmi eux :

– Nos intérêts professionnels (Modèle de J HOLLAND) où la personnalité est décrite avec des combinaisons, à partir de critères ou d’orientations : réaliste, artistique, social, entreprenant, conventionnel, investigateur, esprit d’entreprise,

– Nos valeurs internes de gestion de carrière (Inspiré des travaux de Brooklyn DEER) où il s’agit des choix déterminants vis-à-vis de l’engagement dans la carrière et la vie au travail. On va changer de valeurs en fonction du contexte dans lequel on se trouve et de son âge. On va par exemple viser la sécurité ou préserver son équilibre, son autonomie, ou valoriser son expertise ou prendre du pouvoir et des responsabilités.
France Télécom qui possédait une culture technique et de service public a d’un seul coup dérivé vers une culture commerciale en imposant à ses salariés de vendre des téléphones portables et en imposant des objectifs, ce qui a provoqué un changement radical de valeurs et des catastrophes humaines.

– Nos types de motivation : ( Théorie d’autodétermination de Ryan DECI FREDERICK) :
Motivation intrinsèque : « Quand je fais quelque chose, je tire les bénéfices de tout ce que je fais, je suis nourris moi-même de ce que je fais ou de ce que j’apprends. » On arrive plus facilement dans ce cas à un certain bien être au travail.
Motivation extrinsèque : « Si je ne vais pas travailler demain, je risque de perdre mon travail ou d’avoir une punition. » Plus on est en conflit avec son travail, plus on est malade, en revendication, malheureux.
Amotivation : Absence d’énergie, de désir, de motivation

– Nos besoins au travail (Richard RYAN, Edward DECI) où l’on retrouve la tendance naturelle à vouloir apprendre, grandir, maîtriser notre environnement et intégrer de nouvelles expériences (besoin d’autonomie, besoin de compétences, besoin de liens sociaux).
Dominique CLAVIER a intégré 3 nouveaux besoins qui sont le besoin de développement personnel, le besoin de valorisation narcissique et le besoin de démontrer ses capacités cognitives.

– Notre développement biologique (différents auteurs comme RIVERIN- SIMARD) où l’on retrouve l’évolution biologique et l’influence de l’âge :
23 à 27 ans : Prise de contact avec une nouvelle planète : le travail
28 à 32 ans : Recherche d’un chemin prometteur
33 à 37 ans : Accélération de l’activité professionnelle et personnelle
38 à 42 ans : Remise en cause des lignes directrices
43 à 47 ans : Nouveau fil conducteur de son histoire
48 à 52 ans : Modification de la trajectoire
53 à 57 ans : Recherche d’une vie idéale
58 à 62 ans : Recherche de projets plus personnels
63 à 67 ans : Nouvelle forme de vie

– Nos capacités qui sont les sentiments d’efficacité personnel sur nos choix (plus j’évalue mes capacités à affronter mes difficultés, plus j’ai de chance de réussir).

Nous produisons du sens en lien avec notre travail en fonction de notre personnalité, de nos besoins, de nos attachements et de nos aménagements face à notre angoisse et à notre agressivité. Ce qui fait du sens dans notre travail influence nos comportements et notre stratégie de carrière. On peut arriver à comprendre certains comportements et stratégies au travers de plusieurs thèmes :
Le lien culturel et social : lien social de construction identitaire (j’existe)
S’impliquer physiquement : s’engager dans l’action
Rendre son action : obtenir des résultats
Exercer en professionnel : utiliser de bonnes méthodes
Le travail en tant qu’objet : s’impliquer dans ce que je produis
Le travail en tant que territoire et prise de pouvoir : étendre des responsabilités, défendre son poste
Le travail en tant que statut : ce qui me permet d’être reconnu
Le travail en tant que repère de temps et de pensée : le travail doit m’apporter des repères de temps (heures de travail, de non travail…)

La relation avec son travail permet donc d’avancer dans la mise en place d’un meilleur bien être, de meilleurs choix dans le travail, une meilleur façon d’aborder son travail de manière différente.
La relation au travail s’impose donc à nous comme une stratégie identifiable, repérable et significative.
Elle se traduit dans nos choix et nos actions au quotidien tout au long de notre vie.
Vivre dans un contexte de travail mobilise autant l’individu en tant que personne qu’en tant que professionnel.
La relation que l’on entretient avec « l’objet travail » est la preuve tangible de sa capacité à produire et à garantir sa survie.

Sources :
Agence régionale de la Formation tout au long de la vie en Poitou-Charentes
Dominique CLAVIER, Neurophysiologiste et Psychologue du travail

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2 commentaires sur « La relation avec son travail »

  1. Etymologiquement, le mot « travail » tire son origine d’un mot populaire latin (tripalium) qui désignait un instrument d’immobilisation (éventuellement de torture) à trois pieux! Le travail désignait autrefois l’état d’une personne en souffrance pour être étendu aujourd’hui à toutes les activités de production de l’homme. Après ce rappel, votre article, très précis, très juste, aux ressources pertinentes, ne renvoie-t-il pas finalement aux relations de l’homme avec sa souffrance? Pour ma part, je retiens cette idée de « Recherche d’une vie idéale » que vous mentionnez.

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  2. Merci pour ce regard plus psychologique de notre rapport au travail. Très instructif, le sujet est stimulant, mais dans ce format j’ai trouvé l’article peut-être un peu long.

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