suicide travail

Chaque jour, une personne se suicide en France à cause de son travail. En un an et demi, vingt-cinq se sont données la mort chez France Télécom. Que traduisent ces chiffres accablants ? Un profond malaise professionnel engendré par l’organisation actuelle du travail.

Comment le travail peut entraîner une souffrance telle que seule la mort peut l’arrêter ?

Le premier constat est l’isolement du salarié. En effet, normalement le travail est collectif, et non individuel. Les drames sont l’expression de cet isolement des salariés.

Un phénomène en lien direct avec l’intensification que connaît le travail ces dernières années (culte de la rentabilité, de la performance, pression…), selon Annie Thébaud-Mony, sociologue. En quelques années, l’obligation de travail s’est transformée en obligation de résultat, explique-t-elle. Les salariés sont soumis à des contraintes de plus en plus fortes, surtout en matière d’objectifs, et sont obligés de s’investir toujours davantage dans l’entreprise. Chaque carrière faisant l’objet d’un traitement individualisé, chacun se retrouve seul, sans beaucoup d’espace pour négocier, face à des exigences sans cesse renforcées. » Conséquence : la dégradation des conditions de travail de nombreux salariés, victimes de cette course effrénée au profit et à la réduction des coûts.

Les exemples de suicide et de tentatives sont nombreux malheureusement et ce sont des signaux d’alarme forts pour une entreprise. L’extrême souffrance de la personne qui passe à l’acte peut témoigner (au-delà de l’impasse existentielle dans laquelle elle se trouvait) d’une situation de malaise plus largement répandue dans l’entreprise. La prévention des suicides au travail passe donc d’abord par une démarche globale de prévention des risques psychosociaux et, en cas de passage à l’acte, par une analyse de l’acte suicidaire.

Agir sur les risques psychosociaux après l’événement

Une fois que les facteurs liés au travail ayant pu contribuer à l’acte suicidaire auront été analysés, l’entreprise pourra élargir son champ d’investigation et mener ou revenir à une démarche globale de prévention des risques psychosociaux, en tenant compte des résultats de l’analyse de l’acte suicidaire.

Pour chaque DRH, avoir à gérer un suicide dans l’entreprise est un choc dont on se remet difficilement. La première question qu’il se pose est :  » Ai-je bien fait mon boulot ?  »

Le DRH a un véritable rôle à jouer face à de tels drames. Plus généralement, il doit porter du sens et une dimension humaine au travail.

Dans ces circonstances, il est conseillé de mettre en place un plan d’actions et de communication adapté, s’appuyant si possible sur une cellule de crise dont la mission sera de coordonner les interventions. Beaucoup de problématiques vont devoir être gérés, telles que l’accompagnement des salariés (mise en place d’un soutien psychologique), la gestion des médias et engager en urgence une enquête sur les causes et les conditions du suicide dans une démarche partagée avec les représentants du personnel.
Condition de lien direct avec le travail

La preuve du lien direct entre le suicide et le travail peut souvent être difficile à rapporter en pratique. Mais le salarié pourra néanmoins bénéficier d’une présomption d’imputabilité applicable sous certaines conditions. Ainsi, lorsque le suicide (ou la tentative) est survenu sur le lieu et pendant le temps de travail, l’acte est présumé comme étant un accident du travail. Il appartient dès lors à l’employeur ou à la Sécurité sociale de démontrer que l’acte est sans lien avec la situation professionnelle du salarié. A contrario, lorsque le suicide a lieu en dehors du lieu et des horaires de travail (au domicile de la personne par exemple), il appartient au salarié ou à ses ayants-droit de démontrer le lien entre l’acte et le travail.

Les exemples de la jurisprudence

En pratique, les juges considèrent par exemple que le suicide d’un salarié après un harcèlement moral à son travail peut être qualifié d’accident du travail. Il en est de même lorsque le salarié s’est donné brutalement la mort sur son lieu de travail après avoir subi des remontrances de la part de son employeur ( Cass.soc.20 avril 1988 ). A contrario, un suicide n’est pas un accident du travail lorsqu’il s’agit d’un acte volontaire et réfléchi indépendant de la situation professionnelle du salarié.

Il est important de noter….

Certains suicides sur le lieu du travail peuvent être complètement indépendants de la situation professionnelle, le lieu du travail fournissant alors des occasions pour passer à l’acte (suicide par chute de hauteur dans le secteur du bâtiment, usage d’une arme de service, prise de médicaments pour des personnels de santé par exemple).

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3 commentaires sur « Suicide au travail : pourquoi ? »

  1. Merci pour cet article sur un sujet si difficile. Il est important de rappeler aux chefs d’entreprises et responsables RH que trop souvent, ils sont dans une démarche curative alors qu’il faudrait travailler sur la prévention … c’est peut-être le volet qui aurait pu être développé, dans cet article qui fait froid dans le dos ! Le DRH a bien entendu un rôle à jouer après de tels drames mais il a surtout un rôle à jouer avant …

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  2. Juste pour ajouter un élément sur ce sujet délicat. Durkheim a montré il y a longtemps que les suicides augmentent en situation d’anomie (lorsque la norme sociale qui guide nos comportements disparaît ou n’est plus claire). C’est un élément qui peut aussi expliquer les suicides dans un contexte de changement dans une organisation…

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