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Dans un contexte économique où le serrage de ceinture est de rigueur, les 35 heures font plus que jamais débat. S’ils sont peu à les remettre en cause au sein de la majorité, beaucoup préconisent un allègement de ce système qui n’est plus adapté aujourd’hui. En septembre dernier, Frédéric VALLETOUX, président de la fédération Hospitalière de France, faisait ce même constat en réclamant pour les hôpitaux 15 jours maximum de RTT par an. Mais aujourd’hui, c’est Martin Hirsch, le président de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris qui souhaite se pencher sur le sujet en proposant une refonte des 35 heures.

L’ancien Haut-Commissaire du gouvernement Fillon veut ainsi faire des économies sur une masse salariale qui pèse 60% du budget total de sa structure. L’enjeu est de taille, quand on sait que les hôpitaux français doivent économiser 3 milliards d’euros sur 3 ans. L’AP – HP est une structure énorme, créée en 1849, elle regroupe 37 hôpitaux et 676 services cliniques et emploie 90.000 agents au total,  parmi lesquels un personnel médical, agent du service public, un personnel paramédical, médico-administratif et médicotechnique. C’est le plus grand établissement d’Europe dans le domaine hospitalier qui représente à lui seul 10% des hôpitaux français, en termes d’effectifs, d’actes et de budget. On comprend pourquoi cette annonce de Martin Hirsch cristallise les tensions tant ce projet risque de faire des émules dans une multitude d’autres hôpitaux de l’hexagone.

Martin Hirsch l’a assuré, il ne souhaite pas modifier la règlementation sur les 35 heures mais plutôt reprendre l’accord AP – HP signé en 2002, qui n’est plus adapté aux difficultés de l’activité hospitalière. Une majorité des agents de l’AP – HP est aujourd’hui à 7h36 (38 h/semaine) ou à 7h50 (39h10 /semaine), ce qui génère un nombre important de minutes accumulées et donc des milliers de jours à rattraper. A la fin de l’année 2014, le nombre de journée RTT non prises à cause du manque d’effectifs et accumulées sur des comptes épargne temps représentait 74,7 millions d’euros pour 36.000 agents. Même s’il souhaite se pencher sur la qualité de vie au travail, le directeur veut mettre plus de souplesse dans son organisation en ayant la possibilité de prévoir les pics d’activité. La solution, selon lui, est d’avoir un maximum de salariés à 7h30, réduisant ainsi le nombre de RTT de 20 à 15 par année et donc le nombre de journée non récupérées par les agents. L’économie réalisée par cet effort serait de 20 à 25 millions d’euros par année. L’évolution des pratiques de la médecine et notamment de la chirurgie ambulatoire, qui consiste à faire sortir le patient le jour de son opération, sont autant de raisons qui poussent l’AP – HP à réfléchir sur cette organisation du temps de travail.

Mais pour mener à bien son projet, le directeur de l’AP – HP n’a pas l’intention de passer en force. Juridiquement, il n’est pas obligé de négocier avec les partenaires sociaux, mais il a intérêt à tout mettre en œuvre pour rechercher un accord avec des syndicats mobilisés contre une mesure qui, selon eux, n’a qu’un seul but, la suppression de l’intégralité des RTT à l’hôpital. Le front syndical CGT-Sud-FO a boycotté la première phase des négociations le 28 mai dernier et la mobilisation a été forte lors de l’appel à la grève. Car au-delà de cette réorganisation du temps de travail, les syndicats imaginent déjà un plan d’économie bien plus important avec des suppressions de postes à la clé. La tâche s’annonce donc plus que difficile pour M. Hirsch qui doit présenter ce vendredi une nouvelle copie sur le sujet.

Le gouvernement, que l’on a peu entendu depuis le départ, semble soutenir Martin Hirsch. Il sait, quoiqu’il arrive, que ce qui se passera au sein de l’AP – HP sera déterminant pour l’ensemble des hôpitaux français. En utilisant cette structure emblématique comme cobaye, la ministre de la santé aura un argument de poids pour inciter les acteurs de la santé à réfléchir sur le temps de travail. Mais une question inquiète les salariés des hôpitaux, comment diminuer le temps de travail journalier? Des bruits de couloirs (d’hôpital) font circuler la rumeur que le temps serait gagné sur ce qu’on appelle les transmissions, moment déterminant où les équipes se passent les informations lors du passage de relai. Inadmissible pour le corps infirmier, qui défendra jusqu’au bout ce quart d’heure indispensable. On n’a pas fini de voir des blouses blanches dans nos rues…

Sources : L’express, lopinion.fr, tempsreel.nouvelobs.com, lesechos.fr

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Un commentaire sur « Martin Hirsch au chevet des 35 heures »

  1. Vaste chantier en effet que celui de l’adaptation du temps de travail aux contraintes actuelles. Martin HIRSCH, par son parcours atypique, en dehors de tout dogmatisme politique, ne peut être suspecté de vouloir « casser » les 35 heures mais au contraire de vouloir l’adapter à l’environnement économique et social actuel. Face à la fronde quasi unanime, on ne peut lui souhaiter que bon courage et espérer que les pouvoirs publics le soutiendront jusqu’au bout dans sa mission!

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