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La France connaît depuis quelques années maintenant un taux de chômage important et continu. Le Danemark a subit au début des années 90 une situation similaire, mais a su réagir rapidement à travers la mise en place d’un nouveau modèle social, connu sous le nom de Flexisécurité. Ce dispositif a été le facteur fondamental dans la réduction du taux de chômage danois, celui-ci passant de 10% au début des années 90 à 5% à la fin du XXème siècle. Aujourd’hui le Danemark a un taux de chômage stabilisé autour de 6%. Face à cette réussite, il nous parait intéressant de décortiquer aujourd’hui ce modèle scandinave.

Le terme de Flexisécurité ou Flexsécurité pour certains, allie deux notions paradoxales : la flexibilité sur le marché du travail pour les employeurs et une plus grande sécurité pour les salariés.

A travers cet article nous allons répondre à plusieurs questions concernant ce modèle et son application. Concrètement quelles sont les caractéristiques de ce modèle social ? Quels facteurs ont favorisé sa réussite au Danemark ? La Flexisécurité est-elle transposable en France ?

Un marché du travail flexible

Le modèle danois est caractérisé par sa vision libérale du marché du travail. En effet, une entreprise a la possibilité de licencier facilement un salarié grâce à des procédures rapides. Contrairement à la France, le code du travail danois est très allégé donc beaucoup moins rigide. Cela s’explique par la faible intervention de l’Etat dans la législation, laissant davantage de liberté aux entreprises pour adapter leur effectif au niveau de leur activité. Cela n’empêche pas que le licenciement doit être motivé par l’employeur et s’appuyer sur des raisons sérieuses ou des motifs économiques convaincants. Les syndicats sont  d’ailleurs là pour le rappeler s’il le faut.

En moyenne un danois sur quatre change de travail tous les ans. Le plus étonnant c’est que la plus grande majorité de ces départs (72%) sont à l’initiative des salariés eux-mêmes. Cela s’explique entre autres grâce au tissu de PME très flexible et demandeur de main-d’œuvre qualifiée, facilitant l’échange de salariés entre entreprises.

Une aide à la recherche d’emploi individualisée et qualifiante

En contrepartie de cette flexibilité accordée aux entreprises, l’Etat-providence est très présent dans l’accompagnement et le suivi des chômeurs. On retrouve ici toute la philosophie du système danois : pour toucher le chômage, il faut chercher activement un emploi ou suivre une formation.

Un des axes prioritaires pour le gouvernement danois est de conserver l’employabilité des demandeurs d’emploi. Et on peut dire qu’il ne lésine pas sur les moyens. Effectivement, 2% de son PIB est utilisé pour sa politique d’emploi chaque année, dans la mise en place de formations qualifiantes et professionnalisantes. Cela fait du Danemark le pays le plus dépensier dans ce domaine au vu de ses moyens.

De plus, le système d’agence pour l’emploi est très efficace. Un chômeur a rendez-vous avec son conseiller au moins une fois tous les deux mois, que ce soit pour faire un point sur ses recherches ou pour préparer un entretien d’embauche. D’autre part, il faut avoir de bons arguments pour refuser une offre. Si aucune excuse n’est acceptable, les allocations chômage sont fortement diminuées jusqu’à l’acceptation d’un emploi adéquat.

Des prestations chômage élevées

L’Etat-providence est très protecteur envers un salarié lorsque celui-ci se fait licencier. En effet, l’assurance chômage est très intéressante. Les demandeurs d’emplois danois sont indemnisés pendant deux ans à 60% de leur salaire dans la limite d’un plafond. Toutefois avant la réforme de l’assurance chômage en 2010, il faut savoir qu’un chômeur pouvait toucher 90% de son salaire pendant 4 ans.

Des réformes engagées pour préserver le dispositif social

Le Danemark n’a pas été épargné par la crise et l’austérité budgétaire. C’est pourquoi plusieurs réformes sont intervenues pour pérenniser le modèle danois, le rendant ainsi moins coûteux. Une d’entre-elles est engagée depuis 2011 pour faire face au vieillissement de la population, à la montée de l’endettement public et à la nécessité de restaurer la compétitivité de l’économie.

Plusieurs mesures ont été décidées et permettent un rétablissement de la situation actuellement :

  • La réduction de l’impôt sur les sociétés
  • L’augmentation de l’âge légal de départ à la retraite (65 ans puis progressivement à 67 ans)
  • L’abaissement des allocations chômage (de 90% à 60%)

Un modèle adapté à l’environnement et à la société danoise

La Flexisécurité s’est imposée au Danemark grâce à plusieurs facteurs. Tout d’abord, les dimensions sociales et culturelles sont essentielles à la compréhension de l’Etat-providence danois et des attitudes sur le marché du travail. En effet, le système éducatif nordique privilégie le travail en groupe et la recherche permanente de consensus. L’importance de la collectivité se retrouve dans la Flexisécurité.

De plus, le taux de syndicalisation est très élevé au Danemark. En effet, 67% des salariés sont syndiqués, ce qui rend les syndicats puissants, représentatifs et responsables. Loin de la culture de conflit et d‘opposition des syndicats français, les syndicats danois sont davantage tournés vers un syndicalisme pragmatique et constructif.

Le Danemark demeure l’un des pays avec la plus forte pression fiscale, où aucun salaire minimum n’est mis en place. Notons que près des 2/3 des danois travaillent dans la fonction publique ou sont dépendant de l’Etat pour leurs revenus.

Ce qui fait également la particularité du Danemark, c’est la polyvalence de sa population active par rapport aux emplois qualifiés diversifiés, regroupés sur un petit territoire. Ces deux facteurs favorisant la flexibilité.

Pourtant ce modèle apparait difficilement transportable en France car la Flexisécurité c’est d’abord répondre et s’adapter aux réalités nationales. Cela dit, une des volontés du gouvernement actuel est la construction d’une « Flexisécurité à la Française ».

Nous verrons très prochainement ensemble ce que le gouvernement souhaite mettre en place pour atteindre cette tant attendue « Flexisécurité à la française » …

Sources : Franceinfo.fr, alternatives-économiques.fr, capital.fr, nouvel observateur, le Monde

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3 commentaires sur « La Flexisécurité : un modèle social né au Danemark »

  1. « En matière de chômage, tout a été essayé » avait dit en son temps un Président de la République. Flexisécurité à la française? Pourquoi pas….en tout cas une piste à explorer. Mais le modèle danois semble difficile à transposer chez nous compte tenu notamment de notre différence de culture, de l’absence d’un dialogue social serein, toujours dans l’affrontement plutôt que dans la recherche d’un accord (les récents évènements survenus à Air France sont là, hélas, pour nous le rappeler!). Il est à souhaiter que face à la montée continue du chômage depuis des décennies, les politiques et les partenaires sociaux prennent toute la mesure des décisions à prendre sans peur de l’élection suivante et en laissant de côté leurs positions dogmatiques et souvent si caricaturales!

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  2. Les syndicats français sont contrairement à leurs homologues danois très peu représentés dans les entreprise (taux de syndicalisation salariés d’environ 7% de la population active). Pour autant, l’association de ces partenaires à la mise en place de ce dispositif est incontournable. Encore faut-il qu’ils partagent les mêmes enjeux et le mêmes objectifs !

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