Les conditions de travail ont-elles un sexe?

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Une étude portant sur les conditions de travail des femmes dans l’entreprise a été réalisée en 2015 par Sébastien Bompard, président d ‘“A compétence Egale”, sur 1589 femmes en activité, de novembre 2014 à mars 2015. Il en ressort les conclusions suivantes: la majorité des femmes souhaite une augmentation de salaire, un meilleur confort de vie et une possibilité de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Ces dernières mettent aussi en exergue le regard que porte la direction sur la maternité. En effet, alors que le père voit son salaire évoluer car il serait plus impliqué en raison d’une charge de famille supplémentaire, la mère, subirait une stagnation de ses conditions salariales voire une mise au placard! D’ailleurs, un tiers des femmes de moins de 45 ans, ont déjà reporté leurs projets de grossesse pour des raisons professionnelles.

Ce constat des femmes laisse entrevoir une stagnation de leur situation dans l’entreprise. Mais qu’en est-il du regard général? Existe-t-il vraiment des inégalités professionnelles Homme-Femme? Peut-on combattre les stéréotypes? Quelles sont les conséquences?

Une inégalité professionnelle Homme-Femme

Un français sur deux juge que la situation des femmes en matière d’emploi a stagné. Six français sur dix n’observent aucune évolution dans le domaine de l’égalité salariale. Le constat est sans appel ! Pourtant, les politiques s’y intéressent de près. En 2013, Najat Vallaud-Belkacem avait porté un projet visant à réduire les inégalités professionnelles Homme-Femme. Plusieurs dizaines de grosses entreprises avaient décidé de s’engager en signant une convention collective qui disposait « En l’absence d’accord, la négociation annuelle obligatoire sur les salaires effectifs porte également sur la définition et la programmation de mesures permettant de supprimer les écarts de rémunération et les différences de déroulement de carrière entre les femmes et les hommes« . Peu d’amélioration concrète en découle et la loi Rebsamen risque d’accentuer cette inégalité.

Pourtant les inégalités professionnelles et salariales entre femmes et hommes sont toujours d’actualité : les femmes gagnent encore 27% de moins que les hommes, leurs carrières sont freinées par la maternité, elles occupent 80% des emplois à temps partiel et restent minoritaires dans les emplois cadres malgré un niveau moyen de formation supérieur aux hommes. Les inégalités professionnelles sont l’expression de la domination masculine? Rappelons aussi que le rapport de l’association Equal Pay Day (Journée pour l’égalité des salaires) paru en 2015, place la France à la 131ème place sur 135 pour l’égalité salariale.

Une autre inégalité apparaît, celle de l’invisibilité des maladies professionnelles chez les femmes.

Les femmes et les maladies professionnelles

Pour les femmes, certaines maladies professionnelles sont invisibles. Il existe moins de préventions dans les secteurs fortement féminisés ce qui entraîne une moindre attention aux problèmes de santé qui y apparaissent et renforcent les stéréotypes suivant lesquels le travail des femmes serait moins dangereux. La moyenne européenne  donne un peu plus d’un tiers de femmes contre deux tiers d’hommes dans l’ensemble des maladies professionnelles (MP) indemnisées en 2007. Et les écarts entre pays sont considérables : La Grande-Bretagne ou l’Allemagne (seulement 10% des femmes pour l’ensemble des MP reconnues), la France (la moitié des femmes) et la Suède (le pourcentage des femmes est supérieur à celui des hommes concernant les MP).

Pourquoi de tels écarts? Ils s’expliquent en partie avec l’existence de discriminations à l’égard des femmes. En effet, la notion de maladie professionnelle est apparue au début du XXème siècle et à cette période, “l’homme était la référence et la femme représentait l’anomalie car le corps s’écartait de la normalité”. Leurs plaintes paraissaient suspectes! Aujourd’hui, le système de reconnaissance des MP a évolué mais il demeure encore quelques discriminations. Pour exemple, la liste des maladies professionnelles témoigne d’une plus forte attention aux professions masculines, la liste des femmes se concentre sur un nombre peu élevé de tableaux (affection de la peau, maladies infectieuses, TMS…).

D’autres raisons expliquent aussi cette invisibilité des maladies professionnelles chez les femmes. En premier lieu, la plus grande précarité des emplois chez la femme qui rend difficile la traçabilité des expositions professionnelles. Les activités domestiques réalisées par les femmes peuvent également contribuer à banaliser les risques du travail rémunéré, voire entraver la reconnaissance des maladies professionnelles (ex : En Belgique, il est pratiquement impossible pour les infirmières de se voir reconnaître une pathologie dorsolombaire sous prétexte que dans sa vie quotidienne, une femme est amenée régulièrement à soulever ses enfants!)

Le travail des femmes dévalorisé?

Il est important de combattre les stéréotypes, néanmoins, certaines professions dites “féminisées” sont mal perçues voire méprisées. Prenons l’exemple des métiers du “Care”sur lesquels, Pascale Molinier a beaucoup écrit. Le terme anglais ”Care” désigne “le souci des autres”. Il est utilisé pour décrire une activité ou une profession dans laquelle, outre le soin, l’attention, le souci, la réponse aux besoins occupe une place centrale (ex : aides-soignantes, infirmières, aides à domicile, auxiliaires de vie, nounous…). Sur le marché du travail, le “care” désigne des activités dévalorisées, invisibles et sous payées réalisées par des femmes en majorité. Pourquoi dévalorisées? Déjà parce que nombre d’entre elles sont des migrantes des anciennes colonies ou des pays les plus pauvres d’Europe. D’autre part, parce qu’il est difficile de valoriser le “sale boulot”. En effet, comment valoriser le nettoyage de l’urine et des excréments qui implique respect de l’intimité et de la nudité du patient?Ces métiers du “care” sont souvent associés à un salariat non qualifié alors que souvent, ces femmes sont surdiplômées pour le poste.

Prenons également un autre exemple de métier principalement féminin et dévalorisé : le nettoyage. Ce secteur est principalement occupé par des femmes car il est souvent à temps partiel et il répond à une représentation sociale sexiste qui continue à associer chez les employeurs autant que chez les clients, les tâches domestiques au féminin.

Aujourd’hui, si dans les textes, les femmes ont les mêmes droits que les hommes, dans la réalité bien des inégalités subsistent : elles occupent encore majoritairement les emplois subalternes, donc moins bien payées; elles sont, plus que les hommes, victimes du chômage et de la précarité. Et Mesdames, il va falloir être patiente. En effet, selon un rapport publié par le forum économique mondial en 2014, il faut attendre jusqu’en 2095 pour que cette égalité paritaire soit atteinte sur le plan professionnel. Soit 80 ans!

Sources : Le Figaro.fr, MyRhline, Focus RH, la loi Rebsamen, l’ouvrage “les risques du travail” d’Annie Thébaud-Mony.

Une réflexion sur “Les conditions de travail ont-elles un sexe?

  1. Le tableau que vous dressé est accablant et malgré des politiques publiques volontaristes relatives à l’égalité hommes/femmes on est encore loin du compte! A mettre en parallèle avec la ‘Taxe rose’ dénoncée par des mouvements féministes, mais pas seulement, et qui est aussi un vrai scandale car accentuant encore la discrimination femmes/hommes!

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