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Amoureux de l’information, tremblez!!!!

Déjà 15 jours que les principales stations du groupe radio France ne passent que de la musique, du jamais vu pour des antennes plus habituées aux Flash infos et débats en tout genre.

Pas d’inquiétude, la direction de Radio France n’a pas changé de stratégie, mais elle vit en ce moment un mouvement social important qui perturbe un grand nombre de ses programmes.

Cette grève débutée le 18 mars 2015 fait suite à des décisions de la direction qui doit composer avec des pertes importantes et un contexte économique difficile.

Radio France, un groupe emblématique

La société nationale de radiodiffusion Radio France a vu le jour le 1er janvier 1975 suite à la suppression de l’Office de radiodiffusion télévision française (ORTF) prononcée par la loi n°74-696 du 7 août 1974. 7 organismes autonomes sont ainsi créés : Radio France, TF1, A2, FR3, la SFP, TDF et l’INA. Elle est créée sous la forme d’une société anonyme à capitaux publics, l’état en est le principal actionnaire. Néanmoins le monopole de l’état n’est pas supprimé à la création de Radio France, il disparaitra en 1982 grâce à la loi n° 82-652 qui placera la société sous la tutelle de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, cette dernière ayant pour objectif de fixer le cahier des charges et surtout de nommer le président.

A ce jour, Radio France est le premier groupe radiophonique français qui s’appuie sur sept chaînes complémentaires (France Inter, France Info, France Culture, France musique, Flip et Mouv’), ainsi que 44 stations locales qui composent le réseau France Bleu.

Son président actuel est Mathieu Gallet, il a pris ses fonctions le 12 mai 2014 et est l’ancien PDG de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA).

Les origines de la grève

Ce président, fraîchement nommé, doit faire face à une crise importante qui, au-delà du contexte national, s’explique par trois facteurs majeurs :

  • Une masse salariale trop conséquente : 5000 personnes travaillent de façon permanente dans la structure et la masse salariale augmente (+ 14,3 % entre 2010 et 2011).
  • Des coûts de fonctionnement importants : bénéficiant de salles et matériels très modernes, Radio France coûte chère et ce sont les deux orchestres symphoniques qui sont particulièrement montrés du doigt avec un coût annuel de 58 millions d’euros pour seulement 2 millions de recettes.
  • Des travaux de rénovation qui s’éternisent : la Maison de la radio est l’un des édifices français les plus vastes jamais construit dans notre pays (2 hectares), les travaux pour sa rénovation ont débuté en 2009, initialement prévus à hauteur de 100 millions d’euros, ils avoisinent aujourd’hui les 500 millions d’euros et l’addition pourrait largement s’alourdir puisqu’ils sont loin d’être terminés.

Face à ces difficultés et la prévision d’un déficit de 21 millions d’euros en 2015, M. Gallet doit trouver des solutions, il a pour cela annoncé un plan de départ volontaire de 200 à 300 séniors ainsi qu’une réflexion sur un possible cofinancement de l’Orchestre National français avec la caisse national des dépôts.

Une grève illimitée

C’est le 18 mars que 5 syndicats (CGT, Unsa, Sud, FO et CFDT) ont appelé à une grève illimitée afin de protester contre la politique sociale de l’entreprise et des mesures qu’ils ne comprennent pas. Ils rejettent catégoriquement des projets d’externalisation des métiers et la réforme des moyens de production. Leur but est de peser dans le contrat d’Objectifs et de Moyens (COM), actuellement en négociation entre la direction de Radio France et l’Etat.

Mais à côté de toutes ces revendications, c’est ce jeune président qui pose problème. Pour beaucoup, il a perdu toute crédibilité en acceptant la rénovation de son bureau pour une somme démesurée de 100 000 euros environ alors qu’au même moment il prônait le « serrage de ceinture ». Cette révélation du Canard Enchainé ainsi que d’autres comme par exemple une nouvelle voiture de fonction n’ont fait qu’attiser un feu déjà allumé.

De la musique pour longtemps ?

Mais le temps des playlists à France Info et France Inter n’est peut-être pas encore révolu car les négociations entre les syndicats et la direction n’ont jusqu’alors abouti à aucun accord. La Ministre de la culture, Fleur Pellerin, a « convoqué » M. Gallet afin de lui rappeler qu’il devait rétablir le dialogue social. Elle a aussi assuré qu’aucune fusion des orchestres ne serait envisagée.

Mais les syndicats attendent plus, ils souhaitent un véritable projet d’avenir sans pour autant briser la qualité du service public. Ils ne veulent plus discuter avec l’équipe de direction en place et demandent clairement la démission de leur président dans une motion de défiance contre ce dernier.

Ce mouvement pourrait battre une autre grève historique, celle de l’ORTF qui fut bloquée pendant sept semaines en 1968 lors des grandes manifestations, non pas pour des problèmes de budget cette fois, mais à cause de rapports conflictuels avec la « tutelle », l’Etat.

Et à votre avis cette année-là qui remporta la victoire, l’Etat…

Sources : nouvelobs.com, lexpress.fr, liberation.fr, telerama.fr, lesechos.fr

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3 commentaires sur « Radio sans parole »

  1. « Droit de grève à valeur constitutionnelle » vs « Il faut savoir terminer une grève ». « Indépendance de CSA sur la nomination des dirigeants de l’audiovisuel public » vs « Convocation du dirigeant par la ministre de tutelle ». « Indépendance » vs « Concurrence ». « Manager » vs « Média de service public »… La matinale de Patrick COHEN manque à l’analyse de cette situation…!!!

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    1. Droit de suite: après 28 jours de grève, reprise de l’antenne à la maison ronde aujourd’hui à 13 heures. Le fin du mouvement s’est faite après l’intervention d’un médiateur et l’éclatement de l’inter-syndicale. Affaibli par ce mouvement, Mathieu GALLET aura certainement des difficultés à piloter les réformes, qui semblent pourtant nécessaires, et qui sont à l’origine du conflit.

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  2. Juste un petit aperçu de comparaison interculturelle. Au Québec, Radio Canada joue un rôle proche de celui de France Inter (peut-être encore un peu plus fort parce que Radio Canada représente un des éléments de la souveraineté québécoise pour les Québécois) et Radio Canada vit SANS publicité. Les « difficultés financières » du service public sont donc avant tout des questions de choix politiques…

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